[extraite de "l'étrange journal de l'étrange rencontre" du 22 août 2007]

Quand l'idée d'un étrange journal, qui relaterait les événements de l'étrange rencontre, je me suis dit chouette ; je pourrai me remettre à l'écriture. Taper quelques mots, quelques phrases, un état d'esprit du moment, une humeur variable, une chronique en somme. Les jours passent, la sortie du premier numéro avance à grand pas, et je suis toujours là, à me demander ce que je pourrais écrire.
Je pourrais, certes, vous parler de mon vol Paris-Cotonou, le Sahara survolé, le bleu du ciel, l'ocre de la terre africaine, ce dernier repas d'occidental, pris à 10 500 mètres d'altitude. Sans oublier de vous dire mes quelques larmes versées une fois posé sur le tarmac, tellement l'émotion était vive. Un rêve d'ado réalisé, partir ici,avec la ferme conviction que « l'autre monde possible » passe par ce
continent, terre des origines de tous les hommes.
Je pourrais aussi vous parler de mes premiers jours passés au Bénin. Parakou et Natitingou ont été les premières villes, les premiers territoires découverts. Paysages en bichromie, de l'orange et du vert à n'en plus finir, les couleurs de la rencontre, alors à venir. Les rencontres fortuites, les nouveaux amis d'une heure, d'une journée. Le marchandage pour un baptême en Zem, les découvertes culinaires sans
noms (et l'inoubliable fromage rouge en tête). Tous ces paysages, ces villages qui défilent, ces petites échoppes faites de terre et de tôles ondulées, entre tradition et modernité relative. Ces quelques jours passés en solo, en « terra incognita » ne peuvent se raconter, ils se vivent.
Je pourrais, pourquoi pas, vous relater les premiers jours du camp-chantier, dont le but, louable, est de finaliser l'organisation de la rencontre. Les réunions houleuses, où, points de vue et idées s'affrontent, et où les groupes de travail tentent de manière rationnelle de donner une forme au fond.
Je pourrais, tout aussi vous dire combien je me suis émerveillé de ces deux grandes semaines déjà passées, des poignées de mains serrées plusieurs fois par jour, de ces échanges verbaux, de ces rires partagés qui nivellent les différences. La rencontre de l'autre, le partage des langues & des cultures.
Je pourrais enfin vous raconter plein d'autres choses encore, mais tout cela me parait bien futile, bien peu par rapport à ce que d'autres ont à raconter et bien dérisoire au vue des sujets qui seront abordés lors des jours à venir. Militants de longue date, engagés politiques et associations résistantes, ont plus à dire, à décrier, à actionner.
Cela fait déjà plusieurs jours que je suis là, participant, tant bien que mal, à l'organisation -doux euphémisme- de cette étrange rencontre, et je n'ai toujours rien trouvé à vous raconter. En espérant que les jours à suivre seront plus fastes.
Serviteur.