mardi 23 octobre 2007

j’aime / j’aime pas

Une ré-création poétique d’après « Foutaises » de JP Jeunet
[Avec la voix de Dominique Pinon]














Ah, j’aime pas quand il faut se présenter ;
Non, moi ce que j’aime c’est, j’sais pas, ah si tient, par exemple, un truc que j’aime : courir dans les champs de blé, Ouais !
Et puis j’aime bien : les fraises avec en peu de sucre, les macrouds pendant le ramadan, le thé blanc ;
J’aime : m’habiller en noir ou en blanc, la couleur orange avec parcimonie, par contre j’aime pas les bonnets bleus qui grattent ;
Tient, une chose que j’aime : faire de ma vie un rêve et de mes rêves une réalité ;
J’aime pas garder mes trop pleins de bonheur pour moi tout seul ;
J’aime faire des listes, écrire dans des carnets les mots compliqués comme : superfétatoire, monomaniaque et alacrité ;
J’aime bien les plantes sur mon balcon, mais j’aime pas les matchs de foot à la télé ;
J’aime bien m’émerveiller de toute chose ;
J’aime faire des photos comme les journalistes du monde.fr ;
J’aime bien rencontrer des anges dans la rue ;
Ah oui, j’aime bien, dans les TGV, voyager en première ;
Mais j’aime pas faire des gâteaux pour moi tout seul ;
J’aime pas, me raser tout les deux jours ;
J’aime pas l‘idée qu’il faut être riche et puissant pour être heureux ;
Mais j’aime bien l’idée que le temps n’existe pas ;
J’aime : Gollum dans le seigneur des anneaux, Seipher dans Matrix, Rogue dans Harry Potter ;
J’aime voir des spectacles de danse contemporaine et nager dans les belles piscines parisiennes ;
J’aime pas ne pas savoir jouer d’instrument de musique ;
J’aime dormir, mais pas ne pas me souvenir de mes rêves ;
Quand j’était gosse, j’aimais bien : dessiner des châteaux forts, jouer aux savants fous, construire des Legos ;
J’aimais regarder passer les trains, partir en classe de mer et jouer avec mon nounours citron ;
Mais j’aimais pas, et j’aime toujours pas attendre le bus de peur qu’il ne viennent jamais ;
J’aime les pubs Nutella ;
J’aime bien le dernier album de Manset ;
Mais j’aime pas la vulgarité surtout dans la bouche de ceux que j’aime ;
Par contre, quand je sors la nuit j’aime bien regarder les quelques lumières des immeubles encore allumés ;
Et pour finir, quand je vais au cinéma le dimanche matin, j’aime bien pleurer quand arrive le mot : 
FIN

lundi 22 octobre 2007

un yovo au bénin 3/3

Chronique tierce d'un yovo au bénin














Voici maintenant trois semaines : que je suis de retour en France, que j'ai repris le travail, que je prends des douches chaudes, que je ne serre quasiment plus de mains, que je trouve paris très très calme, que je ne mange plus pimenté, même pas "à côté', que personne dans le rue m'interpelle pour me demander si ça va bien, que je mange des très très bons croissants, que je n'achète plus mon "fan milk nature" quotidien, que je ne marchande plus, que la vie est redevenu chère, que je me suis soigné d'une infection pulmonaire, que mon ordinateur rame toujours autant, que la vie en vert et en orange me manque, que je ne vais plus à la plage, que je ne fréquente plus les toitures terrasses accessibles, que je n'utilise plus les logiciels libres (pardon), que le "akpan", le fromage rouge sans nom et l'iniam pilé me manquent, que je n'ai pas mangé de poissons, qu'il faut faire plus que "sortir dehors" pour aller chercher à manger, mais bien aller dans une boutique à trois rues de chez moi, que je ne vie plus en collocation avec deux gentilles et jolies filles (pardon pour cet excès langagier peu coutumier venant de ma part), que je ne fréquente plus au quotidien slameurs et rappeurs, que personne ne ma appelé "yovo yovo", que j'ai retrouvé ma cantine du midi, l'aquarius, un restaurant végétarien et bio, que je ne discute plus avec mon jumeau marseillais, mais que j'ai repris goût à l'aller retour en TGV dans la journée du Paris-Marseille, que je ne prends plus d'aussi belles photos, que j'ai quitté l'organisation "associatif" pour une organisation architectonique, que je n'ai pas ouvert indesign, que je me demande dans quel pays africain j'irai pour mes prochaines vacances (Togo & Burkina occupent une bonne place dans le classement, encore que l'Islande et les pays scandinaves sont tout aussi attirants), que toutes ces personnes rencontrées durant ces quatre semaines me manquent terriblement et que j'ai une envie d'humanité, que les gens qui se plaignent tout le temps de tout ne me font plus rire, que je parle plus doucement, peut être moins souvent aussi avec certain, plus avec d'autres, que je m'émerveille toujours autant de chaque jour qui passe, ... , -liste non exhaustive-, ...

un yovo au bénin 2/3

Chronique seconde d'un yovo au Bénin
[extraite de "l'étrange journal de l'étrange rencontre" du 27 août 2007]














Lorsqu'en séance plénière, le premier jour de la rencontre, je fus appelé à la tribune par les organisateurs afin de pouvoir me remercier pour services rendus, je n'ai su quoi répondre. Par la suite, on me le reprocha. A entendre ces dires, j'aurais du prendre cela comme du petit lait. Après quelques jours de réflexions, j'ai fini par reconnaître cette erreur, de ne pas avoir saisi ce que l'on me proposa. Pour tenter de réparer, tant bien que mal cette erreur, ce manque à gagner, cet gageure, voici ce que, aujourd'hui, je vous aurais dit :
« Mes chers amis, vous voulez me remercier, mais en vérité c'est à moi de le faire.
Tout d'abord je vous remercie de m'avoir permis d'exercer pleinement et librement mes idéaux & mes convictions graphiques. A cet effet, je vous dis merci d'avoir accepté que tous les noms de tous les participants soient écrits en minuscules, et ce malgré l'usage plus que répandu des majuscules. Je vous remercie presque par inadvertance pour le choix des couleurs : le orange et le vert, leitmotiv colorimétrique, de la rencontre, de l'Afrique, mais aussi et surtout mes couleurs fatidiques ! Merci ! Un grand merci également, de m'avoir permis de réaliser mon premier vrai journal, « comme les vrais », de m'avoir permis, sans vraiment le savoir d'apprendre beaucoup sur la presse écrite.
Je vous adresse un tout autre merci, somme toute plus petit, pour les « belles » photos -toute modestie gardée- que vous m'avez permis de prendre. J'avais peur de ne pouvoir rapporter des instants de présent, mais j'en suis aujourd'hui rassuré, vous resterez en mémoire sous verre.
Un merci indescriptible pour m'avoir permis de mettre des images sur la musique d'Out of Africa.
Merci aussi, pour l'organisation relative, qui me change de mon quotidien sur-organisé, sur-temporaire, je suis ici en vacances, pour changer mes habitudes, mes certitudes & mes doutes. Dans la continuité, un merci parce que je ne suis pas là pour vous aider, mais bien parce que ma libération est liée à la votre [dixit
Lisa Watson par le biais de solidarités jeunesses].
Mes chers amis, c'est moi qui vous remercie pour ces jours passés, présent, et à venir, pour ces savoirs partagés, pour cette paix entre les hommes, pour cette fraternité entre les peuples, le temps d'une rencontre, le temps de quelques battements de cœur, le temps d'un fragment de vie.
Je ne pourrais finir ces quelques remerciements, sans nul doute, non exhaustifs, sans vous dire que la plus belle chose au monde, la plus belle chose de l'humanité, c'est la faculté de pouvoir s'émerveiller,et cela, quelque soit la pauvreté, les inégalités qui peuvent exister dans le monde. Et je vous le dis en vérité, chaque jour passé au Bénin, parmi les uns et les autres, est une journée d'émerveillement passée. Et pour cela, je ne pourrais vous remercier, je vous dis donc « mais de rien mes chers amis ».
Et pour définitivement conclure, un immense merci pour les nombreux témoignages d'amitié que vous pouvez m'adresser ici et là ; il me donne le courage de continuer le travail déjà entrepris, il me donne le courage de continuer à vous aimer. »
Puisse cela, réparer cet excès ostensible de modestie passé.
Serviteur.

un yovo au bénin 1/3

Chronique première d'un yovo au Bénin
[extraite de "l'étrange journal de l'étrange rencontre" du 22 août 2007]














Quand l'idée d'un étrange journal, qui relaterait les événements de l'étrange rencontre, je me suis dit chouette ; je pourrai me remettre à l'écriture. Taper quelques mots, quelques phrases, un état d'esprit du moment, une humeur variable, une chronique en somme. Les jours passent, la sortie du premier numéro avance à grand pas, et je suis toujours là, à me demander ce que je pourrais écrire.
Je pourrais, certes, vous parler de mon vol Paris-Cotonou, le Sahara survolé, le bleu du ciel, l'ocre de la terre africaine, ce dernier repas d'occidental, pris à 10 500 mètres d'altitude. Sans oublier de vous dire mes quelques larmes versées une fois posé sur le tarmac, tellement l'émotion était vive. Un rêve d'ado réalisé, partir ici,avec la ferme conviction que « l'autre monde possible » passe par ce
continent, terre des origines de tous les hommes.
Je pourrais aussi vous parler de mes premiers jours passés au Bénin. Parakou et Natitingou ont été les premières villes, les premiers territoires découverts. Paysages en bichromie, de l'orange et du vert à n'en plus finir, les couleurs de la rencontre, alors à venir. Les rencontres fortuites, les nouveaux amis d'une heure, d'une journée. Le marchandage pour un baptême en Zem, les découvertes culinaires sans
noms (et l'inoubliable fromage rouge en tête). Tous ces paysages, ces villages qui défilent, ces petites échoppes faites de terre et de tôles ondulées, entre tradition et modernité relative. Ces quelques jours passés en solo, en « terra incognita » ne peuvent se raconter, ils se vivent.
Je pourrais, pourquoi pas, vous relater les premiers jours du camp-chantier, dont le but, louable, est de finaliser l'organisation de la rencontre. Les réunions houleuses, où, points de vue et idées s'affrontent, et où les groupes de travail tentent de manière rationnelle de donner une forme au fond.
Je pourrais, tout aussi vous dire combien je me suis émerveillé de ces deux grandes semaines déjà passées, des poignées de mains serrées plusieurs fois par jour, de ces échanges verbaux, de ces rires partagés qui nivellent les différences. La rencontre de l'autre, le partage des langues & des cultures.
Je pourrais enfin vous raconter plein d'autres choses encore, mais tout cela me parait bien futile, bien peu par rapport à ce que d'autres ont à raconter et bien dérisoire au vue des sujets qui seront abordés lors des jours à venir. Militants de longue date, engagés politiques et associations résistantes, ont plus à dire, à décrier, à actionner.
Cela fait déjà plusieurs jours que je suis là, participant, tant bien que mal, à l'organisation -doux euphémisme- de cette étrange rencontre, et je n'ai toujours rien trouvé à vous raconter. En espérant que les jours à suivre seront plus fastes.
Serviteur.