vendredi 30 décembre 2016

souvenirs d'erasmus

À l'agence, lors des repas du midi avec les collègues, un sujet revient régulièrement : les souvenirs Erasmus. La plupart d'entre eux sont partis une année étudier dans une autre ville d'Europe (ou du monde) : Venise, Naples, Cracovie, Cottbus, Bruxelles, Oslo, Prague, Budapest, Montréal... Et quand on me pose la question "et toi, où est-ce que tu es parti ?", j'aime répondre que j'ai fait mieux qu'Erasmus : j'ai vécu un an à la Cité internationale universitaire de Paris.

Être inscrit en master étant nécessaire pour faire une demande d'admission, je fais une première demande alors que je suis en 4e année, mais elle est refusée faute de place disponible. La seconde demande (en 5e et dernière année) fut la bonne. Je quitte alors pour l'année du diplôme le 24m² d'une résidence étudiante de banlieue sensible pour un 16m² en plein cœur de Paris. Et ainsi de septembre 2005 à juillet 2006, si j'ai passé comme d'habitude mes journées à l'école d'architecture de Marne la Vallée, le soir venu et tous les week-end, je me suis retrouvé quelque part à l'international dans ce lieu éclectique et cosmopolite, qui n'a rien à envier aux autres métropoles d'Europe... Et comme une chance n'arrive jamais seule, je me retrouve (grâce à la politique de brassage des nationalités) à la fondation suisse construite en 1933 par Le Corbusier !

La cité universitaire c'est :
- un campus à l'américaine avec 40 maisons dans un parc de 45 hectares
- une tour de Babel horizontale avec 6000 étudiants de 130 nationalités différentes
- voyager dans le monde sans quitter Paris
- une identité visuelle made in Ruedi Baur
- la piscine du dimanche matin
- les trois jours du carnaval de la cité pour fêter la fin de l'année
- le café syrien dans le salon de la maison du Maroc
- le restaurant universitaire pour les repas du soir
- un lieu de promenade avec les amis et la famille de passage
- des récitals de musique, de poésie, de théâtre, de danse... disséminé dans toutes les maisons de la cité
- les regrets (faute de temps) de ne pas avoir su profiter de toutes les activités proposés
- la coupe du monde de football 2006 dans une ambiance enjaillée
- le contraste entre la beauté des façades et la désuétude intérieurs de certaines maisons

La fondation suisse c'est :
- 43 résidents de 11 nationalités différentes
- le chat du gardien qui rôde dans les couloirs
- les petites boites aux lettres de métal
- les soirées "raclette suisse" sous les pilotis du pavillon
- l'exposition Chandigarh : en rêver et finalement y aller quelques années plus tard
- la cuisine collective pour les petits déjeuners et les repas du week-end
- le doux ronronnement du périphérique en continue
- des meubles intégrés : un bureau-frigo et une penderie-étagère-lavabo
- l'escalier de métal et de lumière
- les portes de chambres laissées ouvertes pour dire "je suis là"
- les charlottes aux poires partagées dans la cuisine d'étage
- une douche individuelle / une baignoire collective
- les plafonds colorés des chambres : une polychromie vues de nuit
- le piano qui résonne les soirs d'hivers

Je confirme : j'ai fait mieux qu'Erasmus, j'ai vécu un an à la Cité internationale universitaire de Paris.

dimanche 11 décembre 2016

entre ciment et belle étoile




A la question "d'où viens-tu ?" je réponds souvent que j'ai grandi dans une ville située entre Trappes et Versailles. De cette double origine, j'en suis très fier. Un pied dans chaque culture. Et selon le contexte de la conversation, je peux insister à loisir d'un côté ou de l'autre. Versailles la belle, Trappes la rebelle.

Côté Versailles :
- le tour du grand canal le dimanche matin (au choix : à pied, à vélo, en patin à roulettes - et rêver de le faire en barque ou en aviron)
- l'orangerie du château métamorphosé en boite de nuit (et boire le jus d'orange du domaine)
- l'école d'architecture dans les petites écuries, les spectacles de Bartabas dans les grandes écuries
- sécher les cours pour la première fois de sa vie au hameau de la Reine
- aller au travail de papa, aller au travail de maman
- visiter le Petit Trianon : la quintessence de l'architecture hédoniste
- rêver du domaine de la Lanterne, ce lieu du pouvoir resté longtemps secret
- cueillir des pommes les matins froids d'automne
- aller chercher des oeufs frais à la ferme (et les manger à la coque)

Côté Trappes :
- faire du patin à glace sur le parvis de la mairie (avec Amel Bent en fond sonore)
- les radeaux de frites en mousse à la piscine Léo Lagrange
- les nombreux matchs d'improvisation dans la salle Jean Baptiste Clément (là où Jamel a commencé sous les jets des cailloux)
- Hubert Félix Thiefaine en live
- ne pas être rassuré en passant devant les immeubles aux fenêtres cassées et aux portes murées (en attendant une réhabilitation à venir)
- le cabaret théâtre au restaurant "le coup de foudre" (et en avoir un)
- passer d'un centre de loisirs en préfabriqué d'après guerre, à un centre de loisir flambant neuf avec salle de jeux d'eau, potager et pergola intégré
- être payé pour aller voir Kirikou au cinéma
- aller chercher des makrouds au marché de la Merise pendant le ramadan

Bref, j'ai grandi dans cette dualité permanente, entre ciment et belle étoile.