samedi 9 décembre 2017

souvenirs de boston

C’est à l’automne 2016 que je suis allé à Boston, pour l’inauguration du Business and cultural institute of Natobho. Un peu comme Lyon est un mini Paris, Boston est un mini New York. D’un point de vue urbanistique d’abord, mais aussi d’un point de vue plus intellectuel. Si Lyon possède le syndrome de la capitale ratée, et s’autoproclame capitale de tout et de rien, Boston s’arroge le monopole de l’origine de la nation américaine : tout y est le plus vieux ou le premier des États-Unis.

De la ville je garde en mémoire :
- les pistes de l'aéroport enchevêtrées les unes aux autres
- la coulée verte du Big Dig : se souvenir que l’autoroute coupait la ville en deux
- une vie estudiantine importante qui se ressent dans toute la ville
- la ligne de brique du Freedom Trail
- l'omniprésence de la brique brun-rouge (y compris sur les trottoirs)
- le mini Chinatown et le mini Little Italy
- les vieilles maisons de briques qui côtoient les gratte-ciel de verre et d’acier
- l’African Meeting House, la plus ancienne église noire du pays et ses bancs de couleur jaune miel
- l’Institut d’Art Contemporain : le même bâtiment en porte-à-faux qu’à Marseille, mais en mieux
- le brutalisme de l'hôtel de ville construit dans les années 60
- un immeuble de Frank Gehry, comme dans toutes les grandes villes
- LE bâtiment pixel de Steven Holl que j'imaginais dans une autre ville
- l’arrivée depuis le Sud de la ville par l’Interstate 93 : prendre de la hauteur avant de plonger sous terre
- depuis la cour du MIT : la ville de l’autre côté de la rivière
- la skyline de la ville en deux parties
- déambuler dans les rues et soudain découvrir un parc
- une limonade fait minute dégustée dans les allées du Boston Common
- alors que je croyais qu’il n’y en avait qu’en France : un plateau de fruits de mer mangé avec délectation et avec vue sur la mer
- la cueillette de framboises et de sureaux dans les îles de la baie de Boston
- le cheesecake de Rose-May
- le regret de n’avoir pas eu le temps d’assister à un match de baseball des Red Sox

samedi 11 novembre 2017

petite vie d'un grand homme (épisode 9)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Yves Saint Laurent 1936-2008
Le 1er août 1936, Yves Mathieu-Saint-Laurent naît à Oran. Dans la cour de récréation il reste seul adossé à un mur : À partir de la sixième, l’école a été pour moi une chose atroce. Le samedi 6 mai 1950, il assiste à une représentation de L’École des femmes de Molière. Yves suit les cours de la Chambre syndicale de la couture, mais ne passera jamais le diplôme. Il s’asperge de l’Eau fraîche de Dior. Boulevard Pereire, il loue une chambre chez une vieille dame qui l’espionne par le trou de la serrure. Yves emménage avec Pierre dans un rez-de-chaussée place Vauban. Après avoir été envoyé sous les drapeaux pour servir en Algérie, il est hospitalisé au Val-de-Grâce le 20 septembre 1960. Il s’enroule un torchon autour de la tête et cri : Regarde, je suis chauve. Il passe l’été 1961 aux îles Canaries où il tente de se tailler les veines. Il échange ses lunettes en fil de fer contre des lunettes aux montures en écailles de tortue de chez Gualdani. Le 29 janvier 1962 il allume un cierge à l’église Saint-François-Xavier. 1963 : Yves s’envole au Japon où il visite les temples zen de Kyoto. Il crayonne une bande dessinée dont l’héroïne s’appelle “la vilaine Lulu”. Il avale quinze cachets d’aspirine d’un coup. Il apprend par cœur le Connaissance des arts n°152 daté d’octobre 1964. La nuit il sillonne Paris au volant de sa Volkswagen Coccinelle noire. En 1967, chez Régine, il danse un slow sur I put a spell on you. À Marrakech, Yves descend dans un hôtel délabré au jardin en friche et au personnel en veste élimée : la Mamounia. Neuf jours après il achète une petite bâtisse dans la médina : “la maison du serpent”. Il ne boit que du Coca-Cola et ne se drogue pas ; c’est en fumant des Camel qu’il se dévergonde. Pour épater la galerie, il attrape une corbeille de fruits qu’il transforme en chapeau. Warhol lui fait écouter des enregistrements du Velvet Underground qu’il trouve rasoir, en contrepartie Yves lui fait écouter L’École des femmes dit par Louis Jouvet. Hiver 1975 : après avoir fugué, il est retrouvé dans un hôpital du nord de Paris passablement amoché. à Marrakech il acquiert une nouvelle villa baptisée “la maison du bonheur dans la sérénité”. Il passe ses journées au lit à fumer des Kool et des Luky Strike. Le jour de ses quarante ans Yves reste dans son lit toute la journée. Il s’habille d’un complet sombre de banquier taillé à Milan chez Caraceni : La seule chose à me mettre passé quarante ans. Il boit vingt-cinq canettes de Coca-Cola par jour ; puis plus tard mange vingt pommes par jour. Il relit inlassablement le tome IX de la correspondance de Proust. Son chihuahua Hazel meurt d’une piqûre de scorpion. Yves offre des chocolats à son chien Moujik qui mourra de diabète. Ses pyjamas sont commandés chez Charvet par douzaine, ils sont en coton égyptien blanc marqué de ses initiales. En vacances à Tanger il emporte avec lui un seul livre : la biographie de Zidane. En septembre 2007 Yves se pacse avec Pierre. Le 1er juin 2008 à 23h00, Yves Mathieu-Saint-Laurent meurt dans son lit en galuchat.

mercredi 8 novembre 2017

souvenirs de nicosie

Lors d’une semaine de villégiature à Chypre, un week-end à Nicosie.
- une skyline avec des minarets et des clochers
- la ligne verte : un non lieu qui traverse toute la ville
- des barbelés et les murets de béton bleu et blanc
- le Ledra Palace comme point de passage entre les deux villes
- un air de déjà-vu (ou inversement) : une église gothique métamorphosée en mosquée et son aménagement en diagonale
- un mélange de culture grecque, turque, arménienne, libanaise…
- les nombreux mezzés à base fromage de chèvres, de sésames, d’aubergines...
- les fortifications de l’époque vénitienne transformées en parkings
- les arcades superposées du caravansérail ottoman
- un hammam du XIV siècle
- le marché couvert art déco de 193
- la tour végétale en pixel blanc de Jean Nouvel
- des jardins d’orangers et de dattier

vendredi 3 novembre 2017

petite vie d'une grande femme (épisode 8)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Colette Besson 1946-2005
Le 7 avril 1946, Colette Besson naît à Saint-Georges-de-Didonne. Avec son frère, elle confectionne un sautoir en hauteur dans le jardin de la maison : J’en avais tellement envie que mon père n’a pas hésité à sacrifier plusieurs rangs de fraisiers pour installer ce sautoir racontera-t-elle plus tard. Âgé de 19 ans, elle réussit le concours administratif de la préfecture de la Seine mais rate celui du Centre régional d’éducation physique et sportive. Elle tient à jour un cahier d’entraînement en papier vélin d’Angoulême dans lequel elle collera plus tard des photos de Dave Bedford en train de courir. À l’été 1968, lors de son entraînement à Font-Romeu, elle s’installe dans une tente au camping du Menhir. Dans une lettre à ses parents elle écrit : Depuis quelques jours, il fait très chaud. Je suis brune même en évitant le soleil. Elle confectionne régulièrement des sandwichs pour son entraîneur, interdit de séjour dans le village olympique. À 10h40 du matin Colette Besson prend son destin en main : Je ne pensais pas que cela serait aussi facile, confiera-t-elle. Avant sa victoire olympique, elle mange une cuisse de poulet puis improvise une partie de rami ; après sa victoire elle mange une entrecôte dans un restaurant français. La régie Renault met à sa disposition une R8 pour qu’elle puisse passer quelques jours de vacances à Acapulco, puis le patron d’Europe 1 lui offre une Matra 350 jaune avec son nom peint en lettres d’or. On lui fait livrer 400 bouteilles de grands crus. Lors des championnats d’Europe à Athènes, elle apporte dans ses bagages de l’eau minérale et du foie gras. En 1973 elle s’installe à Épinay et fréquente cinémas et restaurants du côté de Saint-Germain-des-Prés ; elle prend dix kilos : Le cinéma et les sorties c’est beau… mais rien de remplace un stade plein avec 200 000 regards fixés sur vous. Dans sa cheminée, elle se fait griller des entrecôtes sur des sarments de vigne. Colette Besson s’interroge : Que vais-je devenir ? Elle rencontre son futur époux au Togo, dans un dancing : le Tango. D’abord invitée d’honneur au JO de Los Angeles, elle se retrouve finalement sans accréditation et logée dans un centre à 100 km de la ville. Lors de son voyage de retour de Tahiti à bord d’un avion UTA, elle est surclassée en première. Elle s’adonne au jardinage : tournesols, géraniums, tulipes, roses, oliviers et palmiers. En 1994 elle est invitée au Quai d’Orsay, où elle est autorisée à se garer dans la cour du ministère. Colette Besson devient supportrice du PSG. Elle découvre New York en faisant le marathon, qu’elle bouclera en 4h30, victime de crampes. Lors des JO d’Athènes, elle loge sur un paquebot amarré dans le port du Pirée et rentre en France en jet privé. Tous les mercredi matin, vêtue d’un tailleur, elle prend un taxi. Janvier 2005 : elle séjourne à l’hôtel de la Mamounia à Marrakech. Le samedi 25 juin 2005, elle achète dans un magasin Go Sport une combinaison de plongée. Le 9 août 2005 à 10h du matin, Collette Besson décède chez elle, entourée de son mari et de ses deux filles.

dimanche 24 septembre 2017

petite vie d'une grande femme (épisode 7)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Charlotte Perriand 1903-1999
Le 24 octobre 1903, Charlotte Perriand naît vers 4h00 à l’orée d’une belle journée. Elle arrache les perruques en vrais cheveux de ses poupées : Je n’aimais pas les poupées concèdera-t-elle. Seule dans sa chambre, elle essaye de fumer un cigare de son père, sans succès. Au bal du Moulin de la Galette elle se déguise en tube de peinture : Pas pratique pour danser. Les dimanches se passent à Fontainebleau, à grimper sur les rochers. En 1931 Charlotte Perriand part en URSS pour un grand voyage initiatique, où elle se fait bousculer dans le tramway, partage un dortoir non chauffé avec deux inconnus et achète du jambon après trois heures de queue. Alors qu’elle entreprend le tour de Majorque en canoë-kayak avec des camarades, ils sont assaillis par des cochons sauvages. Dans son salon elle installe des anneaux de gymnastique. Lors d’un bain de minuit dans une mer phosphorescente, elle se dit que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Grèce, août 1933 : en plein congrès du CIAM Charlotte Perriand s’éclipse six jours pour faire l’ascension du Taygète. À la tombée de la nuit, elle se baigne nue dans le Rhin et se fait emporter par le courant sur un kilomètre. Lors d’une soirée à Saint-Bon elle tente d’escalader un immense vase de Sèvres. Susceptible de devenir un “élément perturbateur”, Le Corbusier lui demande de quitter son agence. Un berger lui offre un petit agneau vivant à rôtir à la broche ; un autre la prend pour un homme. Conduisant sans permis, elle se résout en 1939 à le passer. En partance pour le Japon, elle glisse dans ses bagages son équipement de montagne et ses skis. Sur le bateau elle s’adonne nue à des bains de soleil. En vacances en Indochine, elle part à la chasse au cerf, puis au tigre, mais rentre bredouille. Charlotte Perriand refuse un poste d’enseignante en arts appliqués à l’école des beaux-arts de Hanoï : Je ne voulais pas m’enliser, se justifiera-t-elle. En février 1946 elle rentre en France chargée d’un sac de poivre noir et d’un sac de poivre gris. Après avoir bu de la vésicule biliaire d’un serpent (d’une couleur jaune impérial), elle passe une nuit cauchemardesque. À son poignet elle porte un bracelet de fils d’argent dont Calder est jaloux. Lors d’un match de fléchettes contre des ouvriers d’une usine de Manchester, elle remporte une bouteille de cognac. À San Francisco Charlotte Perriand passe ses soirées à regarder des westerns tout en mangeant des waffles au sirop d’érable. Elle passe tout le mois d’août 1967 dans un chalet solitaire de l’Aiguille Grive et ne sort que le dimanche pour aller cueillir fraises et champignons (parfois mauvais). En mai 68, elle rentre du Japon à Paris avec des sandwichs pour pouvoir nourrir sa fille. En voyant des dauphins dans l’archipel de Tuamotu, elle rêve d’être une petite dauphine. Elle chante l’Internationale à l’Opéra de Pékin et surnomme le catalogue de son exposition rétrospective “mon petit livre rouge”. Le 27 octobre 1999, âgée de quatre-vingt-seize ans et à Paris, Charlotte Perriand décède.

jeudi 31 août 2017

destinations

Au départ de Paris et par ordre chronologique.
Destinations physiques :
- Tunis
- Dublin
- Londres
- Rome
- Madrid
- Lisbonne
- Prague
- Rotterdam
- Berlin
- Cotonou
- Bruxelles
- Ouagadougou
- Tenerife
- New Delhi
- Djanet
- Denpasar
- Lomé
- Colombo
- Marrakech
- Port-au-Prince
- Lausanne

Destinations morales :
- N'Togawé
- Addis Abeba
- Pripiat
- Saint-Louis
- Boston
- Nicosie
- Istanbul

mardi 29 août 2017

architecture à vivre (épisode 3)

Le stadium de Vitrolles, par l’architecte Rudy Ricciotti, est une salle de spectacle construite en 1994 et abandonnée quelques années plus tard. En déshérence depuis bientôt vingt ans, le visiter (clandestinement) aujourd’hui c’est imaginer la splendeur éphémère passée, mais surtout espérer la renaissance de ce lieu intemporel figé dans le temps.

Le stadium aujourd’hui c’est :
- depuis l’autoroute, un monolithe qui émerge de la forêt
- les coulées de bauxites rouges tout autour
- une décharge sauvage juste à côté
- un faux cube
- du béton noir et des triangles rouges jadis lumineux
- l’absence d’éléphant (en référence à l’image du concours)
- du street art qui grimpent le long des escaliers de secours
- des acrotères qui se fondent avec la skyline des montagnes environnantes
- le logement-patio du gardien et son champ de tournesols artificiels
- une entrée surbaissée, l’entrée se fait par le sous-sol
- les portes entièrement rouillées et graphées
- une faille de lumière entre verre et béton
- les traces du lustre en néon filaire
- un motif de fleur récurrent
- se croire dans une église contemporaine
- une main-courante looping
- des sièges en bois tropicaux : certains ne sont plus là
- partout de la poussière, des débris et des gravats
- deux loges géantes et lumineuses de part et d’autre de la scène
- l’écho lointain d’IAM en concert

Une association se mobilise pour la renaissance du lieu :

lundi 31 juillet 2017

petite vie d’une grande femme (épisode 6)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Margueritte Duras 1914-1996
Le 4 avril 1914 à quatre heures du matin, Marguerite Germaine Donnadieu naît au domicile familial à Gia Dinh en Cochinchine. À l’âge de cinq ans, lors d’un voyage en Chine, elle assiste à l’enterrement vivante d’une femme adultère. Certains jeudis elle va goûter des confitures chez la mère du curé de Pardaillan. Âgée de 14 ans, elle passe des étés entiers à tirer sur des échassiers, des singes, des caïmans, des panthères et des serpents : C’était horrible, on tuait tout ce qu’on trouvait avouera-t-elle. Elle prend plaisir à regarder ses seins : Mes seins étaient propres, blancs. Marguerite D. embarque sur le Bernadin de Saint-Pierre le 14 septembre 1932 et débarque du Porthos le 28 octobre 1933. Elle pense beaucoup à Dieu, Dommage que je ne sois pas juive confiera-t-elle plus-tard. Par amour pour son père, elle suit des cours de mathématiques en parallèle de ses études de droit. Son premier salaire au ministère des colonies est de 1 500 francs par mois. Le 16 septembre 1938, Marguerite D. est affectée au comité de la propagande de la banane française. Sa mère lui envoie des sacs de riz en provenance d’Indochine. Pour son premier roman elle abandonne le nom du père “Donnadieu” pour “Duras”, le nom de la commune de la maison paternelle. À plusieurs reprises, elle héberge François Mitterrand dans son appartement, qui sera plus tard réquisitionné pour entasser des cannettes de bières puis des invendus de L’Humanité. Elle revendique sa folie : Oui, je suis folle, c’est écrit sur mon front. Par l’intermédiaire de sa voisine du dessus, elle fait livrer chez Gallimard huit cents kilos de papier pour la réédition de son dernier livre. Marguerite D. adhère à la cellule 722 du Parti communiste avant de la quitter, puis d’y être exclue suite à une dénonciation pour inconvenances et ironie trop appuyée. Elle récite à haute voix des passages de la bible, chante Piaf qu’elle connait par coeur et danse seule au milieu du salon sur du Tino Rossi. Elle aime cuisiner le lapin à la moutarde, le porc gras à la vietnamienne, et fait l’aller retour Pars-Onzain pour aller cuire un steak à sa mère. Anonymement, elle fait publier un manuscrit érotique. Après avoir suivi des cours à l’Institut des langues orientales, elle invente une langue : le shaga. En une année, elle accumule 20 000 francs de contraventions qu’elle demande à son éditeur de payer. Marguerite D. n’accepte les interviews qu’à la condition de faire les questions et les réponses, ne parle d’elle-même qu’à la troisième personne et s’appelle elle-même “Duras”. Elle engage un cuisinier mais trouve sa cuisine à elle bien meilleure, et se remet donc aux fourneaux. Par ailleurs, et selon ses dires, sa soupe de poireaux est la meilleure d’Europe. Un journal féminin lui propose de rédiger les horoscopes, mais elle refusera. Quand elle regarde par la fenêtre, elle voit des veaux à la place des voitures, des poissons dans les bouteilles et des infirmières en smoking. Le dimanche 3 mars 1996 à huit heures, Marguerite D. décède dans son appartement parisien de la rue Saint-Benoît.

samedi 24 juin 2017

dans mon quartier

Dans un rayon de 275 mètres autour de chez moi, on trouve :

- 41 salons de coiffure dont 18 salons afro
- 39 magasins de vêtements, chaussures et accessoires et 3 prêt-à-porter indiens
- 36 restauration rapide dont 18 kebabs
- 32 emplacements à vendre, à louer, en travaux ou vides
- 29 bars et cafés, dont 3 bars africains, 2 bars à bobos et 1 bar à chicha
- 19 magasins de produits de beauté, parfums et cosmétiques
- 18 magasins de costumes et robes de mariées
- 18 magasins de téléphonie, produits et services informatiques
- 13 instituts de beauté, espaces de remise en forme et ongleries
- 13 bazars
- 12 restaurants
- 12 agences de recrutement, intérim et petites annonces
- 11 boucheries halal, 1 boucherie casher et 1 charcutier-traiteur
- 10 bijouteries
- 10 assurances ou mutuelles dont 1 assurance maladie
- 10 agences immobilières, gestion, promotion privée et 1 société de déménagement
- 9 banques et 1 poste
- 9 épiceries ou alimentation générale
- 9 épiceries exotiques (dont la plus grande de Lyon)
- 9 magasins de vente diverse (jeux, vaisselles, cuisines…)
- 7 supermarchés de quartier dont 1 Picard
- 7 agences de voyages et 1 office de tourisme
- 7 magasins de motos et 1 de vélos
- 7 pharmacies
- 7 boulangeries pâtisseries et 5 pâtisseries orientales
- 7 transferts d’argent et change
- 7 établissements d'éducation : 1 crèche municipale, 2 écoles maternelles, 2 écoles primaires, 1 lycée et 1 école de musique
- 6 bureaux de tabac, presse, loto
- 6 centres de santé, vaccinations, vétérinaire
- 5 magasins bio
- 5 centres sociaux et lieux de rencontres
- 5 librairies dont 1 libertaire
- 4 auto-écoles
- 4 laveries automatiques, pressings, retouches
- 3 résidences hôtelières
- 3 salles de jeux
- 3 opticiens et audioprothésistes
- 3 sociétés d’import-export
- 3 plombiers, électriciens, serruriers
- 3 centres d’information et de formation
- 2 postes de police : 1 municipale et 1 nationale
- 2 lieux de culte : un mormon et un musulman
- 2 cavistes, magasins de bières
- 2 magasins de sport
- 2 tatoueurs
- 2 sociétés de ménage dont 1 nettoyage acrobatique
- 2 restaurateurs de meubles
- 2 cordonniers
- 1 pompes funèbres musulmanes
- 1 parking
- 1 fleuriste
- 1 architecte

mardi 6 juin 2017

petite vie d’un grand homme (épisode 5)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Théodore Monod 1902-2000
Le 9 avril 1902, Théodore Monod naît à Rouen dans une famille où l’on est pasteur depuis cinq générations. Son père rêve de lui apprendre le chinois. Ses parents écrivent à son propos en août 1904 : Il a une mine lamentable, avec de grands yeux profonds, superbes d’émotion. À l’âge de cinq ans, il sait déjà lire et se fait renvoyer du jardin d’enfants pour impertinence, prétendant en savoir d’avantage que les maîtresses. En mai 1912 il écrit au roi du Zambèze ; ce serra son fils qui lui répondra en lui envoyant deux petits crocodiles en bois. Il se fabrique une station météo avec une pomme de pin en guise d’hygromètre. Lors d’une promenade il achève les souffrances d’un crapaud agonisant. Fasciné par le Tibet, il a envie d’apprendre le tibétain. Il fréquente J. une camarade de catéchisme, qu’il “soutiendra” lors de ses examens de philosophie. Mon hébreu commence à m’intéresser, je me permets déjà quelques critiques sur le texte de Segond écrit-il dans son carnet. Le 21 novembre 1919 il dissèque un système nerveux de merlan et commente : Quite difficult, really ! Il quitte Paris pour Bordeaux en train de nuit, puis alterne festin d’oryx, eau fétide, méchoui de gazelle et mouton faisandé aux teintes verdâtres. Il arrive à Londres à six heures du matin où il apprécie fort le luxe de son appartement qu’il qualifiera de “Passy londonien”. Il s’applique à l’étude de la grammaire arabe et tiendra ces propos : Au fond c’est une langue très simple. Il mange six à huit œufs par jour. En 1927, six heures durant, il soutient sa thèse de huit cent pages sur les Gnathiidae. Il parle mal allemand, mais le comprend fort bien. Mai 1929 : son thermomètre se casse. Il se rase le crâne et ne garde qu’une crête. Il part en voyage à Courseulles, Bayeux et Rouen. Avril 1934 : il offre les quatre Evangiles à un chef maure, qui le considère en retour comme un “demi musulman”. Il s’ouvre la main gauche avec un bocal qui a éclaté. Le 11 avril 1934 il confesse : Je suis sale, poisseux, hirsute. Soudain son chameau s’arrête et se roule par terre, l’envoyant valdinguer sur le sable. Le parti socialiste lui réclame soixante francs d’arriérés de cotisations, que sa femme sera contrainte de payer. Il envoie une Bible à Amadou Hampâté Bâ et avouera peu apprécier la poésie de Léopold Sédar Senghor. Le 21 septembre 1960, des policiers se présentent à son domicile, mais il vient de partir pour Dakar. Le 13 mai 1968 il marche avec sa femme de République à Denfert-Rochereau. Sa tribune sur “Érotisme et Politique” est censurée. En 1974, on lui demande de se présenter comme candidat à la présidence de la République ; demande qui l’amuse, mais qu’il refuse. Le 17 novembre 1978 il entame une grève de la faim. En mai 1981, il va voir François Mitterrand rentrer au Panthéon. Il récite les Béatitudes tous les jours en langue grecque. Le 09 janvier 1994 à 12h30 il descend de chameau pour la dernière fois, il a 92 ans. Le 22 novembre 2000, dans la matinée, Théodore Monod décède à la maison de santé Claire Demeure à Versailles.

lundi 8 mai 2017

petite vie d’un grand homme (épisode 4)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Thomas Sankara 1949-1987
Le 21 décembre 1949, Thomas Isidore Noël Sankara naît à Yako en Haute-Volta, d’une lignée Peul-Mossis. Très bon élève, il s’occupe du potager de l’école et participe à de petites pièces de théâtre. Enfant de chœur apprécié, il fréquente l’église de manière assidue, participe au mouvement scout et envisage d’entrer au séminaire. Il confira plus tard que sur une île déserte il emporterait la Bible et le Coran. Pour obtenir les jouets de ses camarades il prêche la bonne parole : Il faut me donner ça, car dieu a dit d’aimer son prochain comme soi-même. À onze ans, quatre jours avant l’indépendance du pays, il confectionne un drapeau voltaïque et le hisse à la place du drapeau français de son école. Sa grosse valise sur la tête, il erre seul dans Bobo Dioulasso sans savoir où dormir. Son père lui envoie alors une bicyclette. Dans l’optique de devenir chirurgien il arrête de boire du café pour ne pas trembler lors des futures opérations. En 1966, Thomas est recruté dans une école militaire nouvellement créée suite à une annonce radiophonique. À Antsirabé, il partage la chambre 3 avec six autres promotionnaires. Imbattable aux 5000 mètres et alors qu’il est en tête, il attend son coéquipier pour terminer la course ensemble. Pendant cinq kilomètres il pousse la vespa crevée d’un camarade. Il s’entraîne à déclamer les discours de Modibo Keïta. Jouant de la guitare, il monte un orchestre “Le missile Bande de Po” et anime des soirées dansantes. Il accumule victuailles et bonbons. De passage à Paris, il passe de longues heures dans la librairie du quartier latin “Les Herbes Sauvages”. Contre son gré il accepte un poste de secrétaire d’État, puis mis devant le fait accompli, participe à un coup d’État. Il se rend alors au travail à vélo. Le mardi 17 mai 1983 à cinq heures du matin, cinq blindés entourent sa résidence, Thomas se laisse arrêter et plaisante avec les soldats qui l’entourent. Détenu, il déplace son lit de l’autre côté de la pièce, ce qui lui sauvera la vie. Lors de sa déclaration de patrimoine il déclare posséder un réfrigérateur en panne, deux téléviseurs avec magnétoscope, trois guitares sèches et quatre vélos. Il pratique l’avion-stop, en se faisant transporter par les avions officiels des états voisins et remplace les Mercedes étatiques par des R5 noires. Lors d’une visite officielle en France, le protocole le voyant en uniforme veut le mettre avec les autres aides de camp. François Mitterrand dira de lui : C’est un homme un peu dérangeant le président Sankara. Avec lui, il n’est pas facile de dormir en paix, il ne vous laisse pas la conscience tranquille. Dormant peu la nuit, il est adepte des micro-siestes tout au long de la journée. Le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny lui offre une valise remplie de liasses de billets qu’il refuse ; ses collaborateurs le lui reprocheront. Thomas a cette phrase prémonitoire : Si un coup d’État a lieu contre moi, cela ne peut venir que de Blaise Compaoré. Le 15 octobre 1987, peu après seize heures et habillé d’un survêtement, il est assassiné par un commando militaire.

samedi 22 avril 2017

petite vie d’un grand homme (épisode 3)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.

Patrick Dewaere 1947-1982
Le 26 janvier 1947, Patrick Maurin naît alors que sa mère range les costumes de sa troupe de théâtre. Il a trois pères : un géniteur, un qui le reconnait et un beau-père avec qui il vivra. Voulant passer un coup de téléphone au même moment que sa mère, il se bat avec elle. À 19 ans il devient Dewaere, le nom de sa grand-mère. Il monte à cheval et épate la galerie. Pour passer outre l’interdiction de cueillette, il fonce en voiture dans un noyer et ramasse les noix tombées par terre. Il achète une Fiat 124 d’occasion. Il laisse pousser sa moustache et se justifie : J’aimerai être laid et vilain. Il livre des réfrigérateurs pour remplir le sien. Il prend un coup de matraque sur la tête et dira plus tard : Ce jour là je me suis tellement marré ! En avril 1968 il refuse de se marier « par peur des piqûres » et finira par le faire en juillet 1968 « pour se marrer ». Pour échapper au service militaire il se bourre de médocs et fini à l’hôpital. Il prend une lance à incendie pour arroser les spectateurs trop pressés d’entrer. En guise d’enfant il adopte une guenon. Il flanque une correction à Coluche puis console Miou-Miou. Avec Gérard Depardieu ils collent et prennent des pains en provoquent les piliers de bar du Sud de la France. Lors d’un tournage en voiture il s’échappe avec et ne revient que le lendemain. Il achète une Mercedes puis une DS grise. Dans une fête foraine il blesse à la carabine le responsable du stande de tir. Il se prend une baffe mémorable de Lino Ventura. Pour épater son pote Rufus il conduit une Rolls Royce de location, puis achète une Range Rover. Il colle son poing dans la figure de Julien Clerc. Sans s’en apercevoir, il se noirci le visage à la suie, et devient hilare en se voyant dans le miroir. Il s’exprime en peinture : en rouge, puis en bleu. Il envoie une droite à Yves Boisset, son réalisateur, puis l’embrasse. Dewaere réprimande trois jeunes fumeurs de hasch. Il fait des longueurs dans la piscine du Club Med de Dakar. Il sert la soupe aux spectateurs qui attendent dans le froid. Il tente sans succès de traverser le Sahara en moto et en solitaire. Il s’entraîne au stade de la Baie des Champs et fait perdre un match de Championnat à l’AJ Auxerre : J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi peu doué ! dira Guy Roux. Il envoie son poing en pleine figure d’un accessoiriste pour une histoire de valise et de banc. Il vole un imper gris au magasin Tati de Barbès-Rochchouart. Il s’achète un smoking et sort du frigo une gigantesque boite de caviar (de contrebande). Dewaere n’ose pas gifler Bernard Blier, puis s’y résout. Son chauffeur devient son confident. Il veut “casser la gueule” d’un journaliste et le regrettera par trois fois au 20 heures. Après avoir embrassé Catherine Deneuve avec la langue, il attrape une bouteille de Perrier, avale une rasade, se gargarise et crache par terre. Il perd quelques kilos pour pouvoir boxer dans la catégorie « poids moyen » et s’entraine tous les après-midi dans une salle de Saint-Ouen. Le 16 juillet 1982, à 15 heures, il se regarde dans le miroir et se tire un coup de fusil dans la bouche.

dimanche 8 janvier 2017

architecture à vivre (épisode 2)

Le couvent de la Tourette, par l'architecte Le Corbusier c'est une expérience à la fois spirituelle et architecturale. Y séjourner le temps d'un week-end, monter et descendre les escaliers une dizaine de fois dans la journée, c'est appréhender l'espace, les volumes, la lumière. Et finalement se sentir chez soi.

De ces multiples séjours je retiens :
- le petit carré de béton sur le balcon
- un alignement imperturbable de portes
- l'envie de rationaliser certaines ouvertures
- les escaliers un peu raide à monter
- le ronronnement des néons dans l'église silencieuse
- le concave / convexe des accoudoirs
- la mare aux canards
- avoir son nom écrit sur la porte
- les petites veilleuses des escaliers
- le rituel immuable et millimétré de la messe conventuelle
- l'atrium : un lieu de passage et pourtant le plus beau
- les rencontres improbables lors des repas pris en commun
- le sol qui monte, le sol qui descend
- habiter la fenêtre : voir / aérer / sortir
- faire son lit comme à la maison
- la forêt multi-circulaire
- avoir le vertige en regardant les dalles de béton de l'église
- la "main de l'homme" sur quelques ouvertures
- le mystère bien gardé de la toiture-terrasse-promenade
- la résonance sans fin de l'église
- laisser ouverte la demi-porte : rester connecter sur le monde
- et toujours l'envie de piquer une chaise Jasper Morisson du réfectoire
- avoir froid aux mains durant l'office des vêpres
- le vitrage / composition musicale ouvert sur le grand paysage
- la porte d'un sous-marin nucléaire

C'est aussi imaginer :
- un mobile multi-poissons dans l'atrium
- réalisé la liaison église-couloir prévu dans les plans d'origine
- l'enduit lisse des cellule en forme de visage du Christ
- y organiser une AG du monde à rêver
- mon sweat à capuche adidas accroché à côté des robes des frères
- le plan masse en mode tableau minimaliste
- les danseurs du ballet Preljocaj qui investissent les lieux