Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Thomas Sankara 1949-1987
Le 21 décembre 1949, Thomas Isidore Noël Sankara naît à Yako en Haute-Volta, d’une lignée Peul-Mossis. Très bon élève, il s’occupe du potager de l’école et participe à de petites pièces de théâtre. Enfant de chœur apprécié, il fréquente l’église de manière assidue, participe au mouvement scout et envisage d’entrer au séminaire. Il confira plus tard que sur une île déserte il emporterait la Bible et le Coran. Pour obtenir les jouets de ses camarades il prêche la bonne parole : Il faut me donner ça, car dieu a dit d’aimer son prochain comme soi-même. À onze ans, quatre jours avant l’indépendance du pays, il confectionne un drapeau voltaïque et le hisse à la place du drapeau français de son école. Sa grosse valise sur la tête, il erre seul dans Bobo Dioulasso sans savoir où dormir. Son père lui envoie alors une bicyclette. Dans l’optique de devenir chirurgien il arrête de boire du café pour ne pas trembler lors des futures opérations. En 1966, Thomas est recruté dans une école militaire nouvellement créée suite à une annonce radiophonique. À Antsirabé, il partage la chambre 3 avec six autres promotionnaires. Imbattable aux 5000 mètres et alors qu’il est en tête, il attend son coéquipier pour terminer la course ensemble. Pendant cinq kilomètres il pousse la vespa crevée d’un camarade. Il s’entraîne à déclamer les discours de Modibo Keïta. Jouant de la guitare, il monte un orchestre “Le missile Bande de Po” et anime des soirées dansantes. Il accumule victuailles et bonbons. De passage à Paris, il passe de longues heures dans la librairie du quartier latin “Les Herbes Sauvages”. Contre son gré il accepte un poste de secrétaire d’État, puis mis devant le fait accompli, participe à un coup d’État. Il se rend alors au travail à vélo. Le mardi 17 mai 1983 à cinq heures du matin, cinq blindés entourent sa résidence, Thomas se laisse arrêter et plaisante avec les soldats qui l’entourent. Détenu, il déplace son lit de l’autre côté de la pièce, ce qui lui sauvera la vie. Lors de sa déclaration de patrimoine il déclare posséder un réfrigérateur en panne, deux téléviseurs avec magnétoscope, trois guitares sèches et quatre vélos. Il pratique l’avion-stop, en se faisant transporter par les avions officiels des états voisins et remplace les Mercedes étatiques par des R5 noires. Lors d’une visite officielle en France, le protocole le voyant en uniforme veut le mettre avec les autres aides de camp. François Mitterrand dira de lui : C’est un homme un peu dérangeant le président Sankara. Avec lui, il n’est pas facile de dormir en paix, il ne vous laisse pas la conscience tranquille. Dormant peu la nuit, il est adepte des micro-siestes tout au long de la journée. Le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny lui offre une valise remplie de liasses de billets qu’il refuse ; ses collaborateurs le lui reprocheront. Thomas a cette phrase prémonitoire : Si un coup d’État a lieu contre moi, cela ne peut venir que de Blaise Compaoré. Le 15 octobre 1987, peu après seize heures et habillé d’un survêtement, il est assassiné par un commando militaire.
