Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Théodore Monod 1902-2000
Le 9 avril 1902, Théodore Monod naît à Rouen dans une famille où l’on est pasteur depuis cinq générations. Son père rêve de lui apprendre le chinois. Ses parents écrivent à son propos en août 1904 : Il a une mine lamentable, avec de grands yeux profonds, superbes d’émotion. À l’âge de cinq ans, il sait déjà lire et se fait renvoyer du jardin d’enfants pour impertinence, prétendant en savoir d’avantage que les maîtresses. En mai 1912 il écrit au roi du Zambèze ; ce serra son fils qui lui répondra en lui envoyant deux petits crocodiles en bois. Il se fabrique une station météo avec une pomme de pin en guise d’hygromètre. Lors d’une promenade il achève les souffrances d’un crapaud agonisant. Fasciné par le Tibet, il a envie d’apprendre le tibétain. Il fréquente J. une camarade de catéchisme, qu’il “soutiendra” lors de ses examens de philosophie. Mon hébreu commence à m’intéresser, je me permets déjà quelques critiques sur le texte de Segond écrit-il dans son carnet. Le 21 novembre 1919 il dissèque un système nerveux de merlan et commente : Quite difficult, really ! Il quitte Paris pour Bordeaux en train de nuit, puis alterne festin d’oryx, eau fétide, méchoui de gazelle et mouton faisandé aux teintes verdâtres. Il arrive à Londres à six heures du matin où il apprécie fort le luxe de son appartement qu’il qualifiera de “Passy londonien”. Il s’applique à l’étude de la grammaire arabe et tiendra ces propos : Au fond c’est une langue très simple. Il mange six à huit œufs par jour. En 1927, six heures durant, il soutient sa thèse de huit cent pages sur les Gnathiidae. Il parle mal allemand, mais le comprend fort bien. Mai 1929 : son thermomètre se casse. Il se rase le crâne et ne garde qu’une crête. Il part en voyage à Courseulles, Bayeux et Rouen. Avril 1934 : il offre les quatre Evangiles à un chef maure, qui le considère en retour comme un “demi musulman”. Il s’ouvre la main gauche avec un bocal qui a éclaté. Le 11 avril 1934 il confesse : Je suis sale, poisseux, hirsute. Soudain son chameau s’arrête et se roule par terre, l’envoyant valdinguer sur le sable. Le parti socialiste lui réclame soixante francs d’arriérés de cotisations, que sa femme sera contrainte de payer. Il envoie une Bible à Amadou Hampâté Bâ et avouera peu apprécier la poésie de Léopold Sédar Senghor. Le 21 septembre 1960, des policiers se présentent à son domicile, mais il vient de partir pour Dakar. Le 13 mai 1968 il marche avec sa femme de République à Denfert-Rochereau. Sa tribune sur “Érotisme et Politique” est censurée. En 1974, on lui demande de se présenter comme candidat à la présidence de la République ; demande qui l’amuse, mais qu’il refuse. Le 17 novembre 1978 il entame une grève de la faim. En mai 1981, il va voir François Mitterrand rentrer au Panthéon. Il récite les Béatitudes tous les jours en langue grecque. Le 09 janvier 1994 à 12h30 il descend de chameau pour la dernière fois, il a 92 ans. Le 22 novembre 2000, dans la matinée, Théodore Monod décède à la maison de santé Claire Demeure à Versailles.
