Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Charlotte Perriand 1903-1999
Le 24 octobre 1903, Charlotte Perriand naît vers 4h00 à l’orée d’une belle journée. Elle arrache les perruques en vrais cheveux de ses poupées : Je n’aimais pas les poupées concèdera-t-elle. Seule dans sa chambre, elle essaye de fumer un cigare de son père, sans succès. Au bal du Moulin de la Galette elle se déguise en tube de peinture : Pas pratique pour danser. Les dimanches se passent à Fontainebleau, à grimper sur les rochers. En 1931 Charlotte Perriand part en URSS pour un grand voyage initiatique, où elle se fait bousculer dans le tramway, partage un dortoir non chauffé avec deux inconnus et achète du jambon après trois heures de queue. Alors qu’elle entreprend le tour de Majorque en canoë-kayak avec des camarades, ils sont assaillis par des cochons sauvages. Dans son salon elle installe des anneaux de gymnastique. Lors d’un bain de minuit dans une mer phosphorescente, elle se dit que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Grèce, août 1933 : en plein congrès du CIAM Charlotte Perriand s’éclipse six jours pour faire l’ascension du Taygète. À la tombée de la nuit, elle se baigne nue dans le Rhin et se fait emporter par le courant sur un kilomètre. Lors d’une soirée à Saint-Bon elle tente d’escalader un immense vase de Sèvres. Susceptible de devenir un “élément perturbateur”, Le Corbusier lui demande de quitter son agence. Un berger lui offre un petit agneau vivant à rôtir à la broche ; un autre la prend pour un homme. Conduisant sans permis, elle se résout en 1939 à le passer. En partance pour le Japon, elle glisse dans ses bagages son équipement de montagne et ses skis. Sur le bateau elle s’adonne nue à des bains de soleil. En vacances en Indochine, elle part à la chasse au cerf, puis au tigre, mais rentre bredouille. Charlotte Perriand refuse un poste d’enseignante en arts appliqués à l’école des beaux-arts de Hanoï : Je ne voulais pas m’enliser, se justifiera-t-elle. En février 1946 elle rentre en France chargée d’un sac de poivre noir et d’un sac de poivre gris. Après avoir bu de la vésicule biliaire d’un serpent (d’une couleur jaune impérial), elle passe une nuit cauchemardesque. À son poignet elle porte un bracelet de fils d’argent dont Calder est jaloux. Lors d’un match de fléchettes contre des ouvriers d’une usine de Manchester, elle remporte une bouteille de cognac. À San Francisco Charlotte Perriand passe ses soirées à regarder des westerns tout en mangeant des waffles au sirop d’érable. Elle passe tout le mois d’août 1967 dans un chalet solitaire de l’Aiguille Grive et ne sort que le dimanche pour aller cueillir fraises et champignons (parfois mauvais). En mai 68, elle rentre du Japon à Paris avec des sandwichs pour pouvoir nourrir sa fille. En voyant des dauphins dans l’archipel de Tuamotu, elle rêve d’être une petite dauphine. Elle chante l’Internationale à l’Opéra de Pékin et surnomme le catalogue de son exposition rétrospective “mon petit livre rouge”. Le 27 octobre 1999, âgée de quatre-vingt-seize ans et à Paris, Charlotte Perriand décède.
Le 24 octobre 1903, Charlotte Perriand naît vers 4h00 à l’orée d’une belle journée. Elle arrache les perruques en vrais cheveux de ses poupées : Je n’aimais pas les poupées concèdera-t-elle. Seule dans sa chambre, elle essaye de fumer un cigare de son père, sans succès. Au bal du Moulin de la Galette elle se déguise en tube de peinture : Pas pratique pour danser. Les dimanches se passent à Fontainebleau, à grimper sur les rochers. En 1931 Charlotte Perriand part en URSS pour un grand voyage initiatique, où elle se fait bousculer dans le tramway, partage un dortoir non chauffé avec deux inconnus et achète du jambon après trois heures de queue. Alors qu’elle entreprend le tour de Majorque en canoë-kayak avec des camarades, ils sont assaillis par des cochons sauvages. Dans son salon elle installe des anneaux de gymnastique. Lors d’un bain de minuit dans une mer phosphorescente, elle se dit que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Grèce, août 1933 : en plein congrès du CIAM Charlotte Perriand s’éclipse six jours pour faire l’ascension du Taygète. À la tombée de la nuit, elle se baigne nue dans le Rhin et se fait emporter par le courant sur un kilomètre. Lors d’une soirée à Saint-Bon elle tente d’escalader un immense vase de Sèvres. Susceptible de devenir un “élément perturbateur”, Le Corbusier lui demande de quitter son agence. Un berger lui offre un petit agneau vivant à rôtir à la broche ; un autre la prend pour un homme. Conduisant sans permis, elle se résout en 1939 à le passer. En partance pour le Japon, elle glisse dans ses bagages son équipement de montagne et ses skis. Sur le bateau elle s’adonne nue à des bains de soleil. En vacances en Indochine, elle part à la chasse au cerf, puis au tigre, mais rentre bredouille. Charlotte Perriand refuse un poste d’enseignante en arts appliqués à l’école des beaux-arts de Hanoï : Je ne voulais pas m’enliser, se justifiera-t-elle. En février 1946 elle rentre en France chargée d’un sac de poivre noir et d’un sac de poivre gris. Après avoir bu de la vésicule biliaire d’un serpent (d’une couleur jaune impérial), elle passe une nuit cauchemardesque. À son poignet elle porte un bracelet de fils d’argent dont Calder est jaloux. Lors d’un match de fléchettes contre des ouvriers d’une usine de Manchester, elle remporte une bouteille de cognac. À San Francisco Charlotte Perriand passe ses soirées à regarder des westerns tout en mangeant des waffles au sirop d’érable. Elle passe tout le mois d’août 1967 dans un chalet solitaire de l’Aiguille Grive et ne sort que le dimanche pour aller cueillir fraises et champignons (parfois mauvais). En mai 68, elle rentre du Japon à Paris avec des sandwichs pour pouvoir nourrir sa fille. En voyant des dauphins dans l’archipel de Tuamotu, elle rêve d’être une petite dauphine. Elle chante l’Internationale à l’Opéra de Pékin et surnomme le catalogue de son exposition rétrospective “mon petit livre rouge”. Le 27 octobre 1999, âgée de quatre-vingt-seize ans et à Paris, Charlotte Perriand décède.
