dimanche 30 décembre 2018

l’autofictif - semaine 26/52

hommage à Éric Chevillard
 
76. Bien que persuadé que le wax ne convient pas aux hommes blancs, je n’ai pu résister à la tentation de me commander une chemise en provenance du Ghana.

77. Certes, il m’arrive d’aller parfois à la messe, mais je ne goûte, ni trempe le christ dans son sang : je ne suis pas théophage.

78. Et me voici au milieu du gué, à mi chemin de cet exercice littéraire : plus que 78 autofictifs à lire diront certains, encore 78 autofictifs à écrire diront d’autres.

dimanche 23 décembre 2018

l’autofictif - semaine 25/52

hommage à Éric Chevillard

73. D’ordinaire, Aurore n'apprécie pas vraiment le comté (sauf quand il est rappé, et encore à petites doses). Mais quand il s’agit d’un comté affiné 36 mois de la Mère Richard (la meilleure fromagère de Lyon), c’est une autre histoire : Aurore a mangé à elle toute seule tout le morceau.

74. A la la lecture de son dernier livre, on peut désormais le dire : Jean-Christophe Rufin fut un bon écrivain. Il est dommage que ce temps soit résolu.

75. Je n’ai aucun souvenir de Car-en-sac, de Minto, de Mistral gagnant, de cocos bohères et de roudoudous. Par contre, je me souviens encore très bien des chewing-gums à la cannelle achetés à la sortie de l'École française Robert Desnos à Tunis.

dimanche 16 décembre 2018

l’autofictif - semaine 24/52

hommage à Éric Chevillard

70. Je montre (sur un livre) Aimé Césaire du doigt et Aurore répond : “Papa !”. Je suis touché, mais c’est bien trop d’honneur...

71. Le plombier est venu changer le robinet de la baignoire et a félicité ma femme pour la qualité de ses joints. Je suis si fière d’elle.

72. Nous avons désormais la preuve que la françafrique au Gabon est définitivement terminée : Malade, le président Ali Bongo Ondimba se fait soigner en Arabie Saoudite, et se repose ensuite au Maroc. Jadis, c'était en France que l’on se soignait, et en Suisse que l’on se reposait. Les temps changent…

dimanche 9 décembre 2018

l’autofictif - semaine 23/52

hommage à Éric Chevillard

67. Après être passés mainte et mainte fois devant, nous avons fini par céder : Aurore a fait son premier tour de manège. C’est aussi la première fois qu’elle montait à bord d’un avion.

68. “La rage du peuple”, “Marseille capitale de la rupture”, “Sans terre d’asile” : en ce moment c’est Keny Arkana dans ma tête.

69. Après plusieurs années de lutte acharnée nous avons obtenu de nos patrons le droit d’avoir un sapin de Noël à l’agence. Des tickets restaurants non, des sapins oui.

dimanche 2 décembre 2018

l’autofictif - semaine 22/52

hommage à Éric Chevillard

64. Et voilà, comme chaque année, les cadeaux de Noël sont tous terminés le 30 novembre. Il n’y a plus qu’à attendre tranquillement.

65. La joie d’avoir un collègue américain : une fois par an c’est Pumpkin Pie à l’agence !

66. Avec plusieurs mois de retard,voici que les stadiers en gilets jaunes défilent sous notre fenêtre pour célébrer la coupe du monde de football.

mardi 27 novembre 2018

dans mes rêves - épisode 3/20

11 - Traverser la Manche à la nage.
12 - Aller blanchir de l’argent dans l’étage qui n’existait pas de la Hongkong & Shanghai Banking Corporation (et prendre le thé avec M. Tchang).
13 - Porter secours au supertankers Seawise Giant à la dérive (puis le transformer en Arche de Noé).
14 - Première épreuve du décathlon : saut en hauteur (2m10 / 896 points).
15 - Déménager les 1000 pots rouges et bétonnées de Jean-Pierre Raynaud sur l’atoll de Clipperton.

dimanche 25 novembre 2018

l’autofictif - semaine 21/52

hommage à Éric Chevillard

61. Si je vous avais dit que mon nouveau patron est sud-coréen, vous eussiez su une nouvelle fois mon vrai métier. Mais comme je ne vous ai rien dit, la véracité de cette phrase ne se pose toujours pas.

62. Pourquoi est-ce que dans les squares je perçois les petits garçons comme des machos en puissance ?

63. Mon éléphant en peluche souhaite depuis toujours faire sa Bar Mitzvah. Ses 13 ans approchant, il me faudra bientôt contacter le chat du rabbin.

dimanche 18 novembre 2018

l’autofictif - semaine 20/52

 hommage à Éric Chevillard

58. Après trois années d’abstinence, il se trouve que je sais toujours faire d'excellents macarons (désolé pour ce moment d’autosatisfaction).

59. Entendu au travail : Si les gens aiment bien, c’est que ce n’est pas bien. Tu comprends le truc ?

60. Les jeux du square étant tous réservés aux enfants de plus de 2 ans, Aurore n’a d’autre choix que d’observer ses congénères s'amuser sans elle. Ainsi, et afin de ne pas engendrer un sentiment de frustration trop important et de ne pas freiner son développement corporel, nous avons décidé, d’un commun accord avec ma femme, d’enfreindre la loi en nous dirigeant directement vers le toboggan réservé au 7-12 ans.

dimanche 11 novembre 2018

l’autofictif - semaine 19/52

hommage à Éric Chevillard

55. Trop la classe : mon école maternelle va entrer au Panthéon.

56. Avant, la voisine nous réveillait le dimanche matin en douceur et en jouant du piano. Désormais c’est son jeune fils qui est au piano, la douceur en moins.

57. Une petite fille au square à propos d’Aurore : C’est une fille ou un garçon ? Parce qu’avec son pantalon dinosaures on ne sait pas.

dimanche 4 novembre 2018

l’autofictif - semaine 18/52

hommage à Éric Chevillard
 
52. Après lui avoir coupé sa frange, Aurore se regarda quelques instants dans la glace et se mis à pleurer.

53. Premiers jours de pluie à Lyon : mes chaussures et mon pantalon de ville ne sont absolument pas étanches. En revanche, ma veste de couvreur-zingueur de marque “le laboureur” fabriquée en France l’est parfaitement.

54. Du poulet de Bresse, du vin jaune, des morilles et rien d’autre.

dimanche 28 octobre 2018

l’autofictif - semaine 17/52

hommage à Éric Chevillard

49. Être réélu à 85 ans pour un septième mandat (un peu comme si François Mitterrand était toujours le président de la république française), et cela sans faire campagne et en passant un tiers de son temps à l’étranger : je dis bravo Paul Biya !

50. Bagarre générale à la crèche (à propos du ballon gonflable géant), bilan : une main mordue et une claque donnée en représailles.

51. Rapatriement des transats, tables et chaises du balcon vers la cave : Winter is coming.

mardi 23 octobre 2018

dans mes rêves - épisode 2/20

06 - Intercepter un go fast (puis détruire la marchandise).
07 - Aménager une planque dans la cité radieuse de Marseille.
08 - Organiser le concert de Looreena McKennitt à l’Alhambra de Grenade.
09 - Danser du hip-hop sur un mur d’escalade (à la gravité inversé).
10 - Organiser la rencontre de réconciliation entre Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly dans la maison Farnsworth de Mies van der Rohe.

dimanche 21 octobre 2018

l’autofictif - semaine 16/52

hommage à Éric Chevillard

46. Quand je lis sur la notice wikipédia que Loreena McKennitt est une auteure, compositrice, chanteuse, harpiste, accordéoniste et pianiste, alors oui il m’arrive d’être un peu envieux.

47. Il y a quelques temps je dînais avec un ancien ministre de la culture et de l’éducation du Mali. Et voici qu’aujourd’hui j’apprends qu’il y a quelques temps encore je dînais avec celle qui allait devenir la ministre du tourisme en Haïti. Certe Issa N’Diaye et Marie-Christine Stephenson ne sont pas Barack Obama et Angela Merkel, mais on fait ce que l’on peut...

48. Avec le désir de passer un réveillon de Noël à New-York, dans un appartement avec vue sur Central Park enneigé, je commence dès maintenant mon lobbying auprès d’Aurore, afin qu’elle devienne un jour fonctionnaire international - à l’ONU par exemple.

dimanche 14 octobre 2018

l’autofictif - semaine 15/52

hommage à Éric Chevillard

43. Hier soir, ton sosie, le rire en moins.

44. Il existe un pays (je tairais son nom par respect pour ses habitants) où le président était un abbé polygame portant une soutane Dior.

45. À peine sortie de l’eau, Aurore se mit à rugir et à cracher du feu. Sans doute est-ce là, l’effet de son poncho de bain en forme de dragon.

vendredi 12 octobre 2018

architecture à vivre (épisode 4)

Habiter l'Unité le temps d'un week-end c'est :

- Voir le soleil se coucher sur la mer.
- Tester et approuvé l'escalier de Jean Prouvé.
- Cuisiner avec Charlotte Perriand.
- Dormir dans une des chambres d'enfants (et se croire au couvent de la Tourette). 
- Écouter le bruit intrigant des ascenseurs (qui s'ouvrent avant leur arrivée).
- Regarder le paysage depuis le caillebotis en béton du balcon.
- S'imaginer bouteille dans un casier.
- Avoir le vertige aux pieds des pilotis.
- Admirer le brutalisme du béton (atténué par la gamme chromatique).
- Admirer la délicatesse de la butée de porte des halls.
- Se laver dans la douche-bateau.
- Se promener dans les escaliers.
- S'asseoir sur le banc public.
- Rêver de reprendre la boulangerie désuète et anachronique pour en faire une pâtisserie haut de gamme.
- Avoir l'impression de tomber dans le gymnase reconverti en galerie d'art.
- Passer une matinée entière à barboter en famille et entre amis dans la pataugeoire.
- Se sentir entre ciel et montagnes.
- Rêver d'un studio ou d'un deux pièces pour les vacances.
- Prendre la cérémonie du thé sous la double hauteur du salon.

Habiter l'Unité c'est vivre un manifeste.

lundi 8 octobre 2018

dans mes rêves - épisode 1/20

01 - Récupérer les trois exemplaires du livre Les Neuf Portes du royaume des ombres (et les cacher).
02 - Rencontrer Barack Obama à bord de l’Air Force One (et se faire délivrer un passeport Alpha).
03 - Infiltrer le centre universitaire de Guernon (et mener l'enquête).
04 - Explorer les souterrains d’Havéna à la recherche de parchemins perdus.
05 - Battre le record d’apnée No Limit.

dimanche 7 octobre 2018

l’autofictif - semaine 14/52

hommage à Éric Chevillard
 
40. Si je vous avais dit que mon patron est porté disparu, vous eussiez su mon vrai métier. Mais comme je ne vous ai rien dit, la véracité de cette phrase ne se pose pas.

41. Aujourd’hui est un jour commémoratif : il y a un an jour pour jour, nous avons perdu un petit chausson rouge, fait main, made in Ukraine et acheté sur Etsy.

42. Le plaisir d’avoir pris sa retraite sportive : aller voir les coureurs souffrir sous une pluie battante - bien au chaud dans sa parka et bien à l’abri sous un parapluie arc-en-ciel XXL.

dimanche 30 septembre 2018

l’autofictif - semaine 13/52

hommage à Éric Chevillard

37. Certes, à côté des 8,4 kg de fraises du potager de mes parents, les 34 fraises de mon balcon font pâles figures. Mais le fait qu’un merle les mangent avant moi, me réconforte quant à leur qualité gustative.

38. Après une dizaine d’année d'abstinence, j’entrepris de manger un Prince de LU. La déception fut grande : aucun gout, sinon celui du sirop de glucose mélangé à l’huile de palme. Un Gueux de Lu en somme.

39. Des sardines millésimés 2008, du Chablis bio, du pain de seigle, du beurre maître d'hôtel, des suprêmes de citron et rien d’autre.

dimanche 23 septembre 2018

l’autofictif - semaine 12/52

hommage à Éric Chevillard

34. L’effet Marseille : à peine sortie du TGV, je pense et parle avec l’accent.

35. En bas de chez moi les moutons se vendent 185 euros.

36. Et cette question existentielle qui revient sans cesse : Aurore est-elle heureuse ?

dimanche 16 septembre 2018

l’autofictif - semaine 11/52

hommage à Éric Chevillard
 
31. Sur l’un des dix terrains de football du parc de Parilly : Abidjan contre Porto-Novo.

32. Enthousiaste, Aurore pressa la tomate cerise de ses petits doigts. Le crocodile de mon polo en fut tout rassasié.

33. Le plaisir simple de barboter en famille dans la pataugeoire de l’unité d’habitation de Marseille.

dimanche 9 septembre 2018

l’autofictif - semaine 10/52

hommage à Éric Chevillard

28. Tous les deux jours, notre éléphant en plastique rose arrose de sa trompe les plantes du balcon.

29. Alors que les enfants jouaient dans le square en silence, l’un d'eux décida de chasser du pigeon à grand renfort de cris perçants (sans doute en perspective du repas du soir).

30. Sur l'hippodrome déserté, les corbeaux en plein galop se disputent l’ordre du tiercé.

dimanche 2 septembre 2018

l’autofictif - semaine 9/52

hommage à Éric Chevillard

25. À la surprise générale, son excellence le président de la république (très très) démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, n’est pas candidat à sa succession. Il avait pourtant été nommé à ce poste pour succéder à son père, puis remporté deux fois les élections qualifiées de non crédible par la communauté internationale, puis enfin reporté les élections de plusieurs années (le fameux mandat cadeau). Bref, après dix-sept ans de règne, il décide de quitter le pouvoir. Je n’en reviens toujours pas de cet accès de démocratie si soudain.

26. À 18 mois elle étrangla son père : il avait refusé de lire pour la 29e fois son livre préféré du moment.

27. Des bananes au four, un peu de cacao en poudre et quelques noisettes torréfiées : une caresse pour le palais.

dimanche 26 août 2018

l’autofictif - semaine 8/52

hommage à Éric Chevillard
 
22. Et Aurore se mit à manger de la girafe, du crocodile, du lion et de l’éléphant : les pâtes Pré-Maternelles en témoignent.

23. À la lecture de l’étiquette, je ne sus que penser de ce miel en provenance de Chine, mais produit par des apiculteurs de père en fils depuis 1905 basés à Roanne.

24. Alors qu’elle n’aimait ni les Petit Beurre, ni le chocolat, Aurore dévora son Véritable petit écolier de LU. La perspective de la rentrée sans doute.

dimanche 19 août 2018

l’autofictif - semaine 7/52

hommage à Éric Chevillard

19. Ma métamorphose équine a commencé : ma fille m’appelle désormais Dada.

20. Miaou, ouaf-ouaf, meuh, bêêê, coin-coin… il faudra s’y résoudre, avec Aurore tous les animaux font désormais mmm-mmm.

21. Biya Biya Biya, je me demande bien pourquoi ma fille scande ainsi et à longueur de journée le nom du président camerounais.

dimanche 12 août 2018

l’autofictif - semaine 6/52

hommage à Éric Chevillard

16. Le sol fraîchement lavé était pourtant sec depuis plus d’une heure, quand ses petits pieds - pour une raison encore inconnue - s’entremêlèrent et la firent chuter tête en avant contre l’angle saillant du mur.

17. Sa passion pour les frites naquit à Dijon. Déjà hier soir au restaurant, et ce matin encore à la piscine.

18. La joie des vacances : s'asseoir sur une chaise longue et ne penser à rien, surtout pas à ce triolet de phrases à écrire chaque semaine.

dimanche 5 août 2018

l'autofictif - semaine 5/52

hommage à Éric Chevillard

13. Il justifia son badge d’accès à l’Assemblée Nationale : “un caprice pour profiter de la salle de sport”. Quitte à faire un caprice, j’aurais opté pour celle de Matignon, elle a vue sur les jardins.

14. Alors que les invités s’en allaient, Aurore pris son petit sac, fit un petit coucou de la main et parti à son tour. Cinq minutes plus tard, on sonnait à la porte : la gardienne de l’immeuble avec Aurore dans les bras.

15. Pour limiter l'appréhension, nous prîmes les jeux du bain pour aller à la piscine, transformant ainsi le bassin municipal en baignoire géante.

dimanche 29 juillet 2018

l'autofictif - semaine 4/52

 hommage à Éric Chevillard

10. En ces jours de canicule, une journée avec des nuages, de la pluie et du vent est une journée parfaite.

11. Et Aurore bu par inadvertance sa première gorgée de Leffe ruby. Sa moue fut dubitative certes, mais moins qu’avec du Perrier.

12. Pour lui montrer mon amour, je lui fis sur la joue un bisous sonore qui lui perça irrémédiablement le tympan gauche.

dimanche 22 juillet 2018

l'autofictif - semaine 3/52

hommage à Éric Chevillard

7. Quand on lui demanda qui allait le couronner empereur, Jean-Bedel Bokassa eu cette magistrale réponse : “C’est le peuple !”. Mais quand le journaliste perfide et retors lui demanda concrètement qui poserait la couronne sur sa tête, il fut moins inspiré : “Je prendrai la couronne moi-même pour la mettre sur ma tête”.

8. Après 36 années de pouvoir sans partage et une longue réflexion, Paul Biya décida finalement de se représenter.

9. Après s’être fait construire un palais somptueux et pharaonique, le président Gabonais cru bon de devoir se justifier : “Un chef d’État, c’est pas quelqu’un qui va dormir à même le sol ou à même la belle-étoile : il faut un palais !”.

dimanche 15 juillet 2018

l'autofictif - semaine 2/52

hommage à Éric Chevillard
 
4. Après cinq heures d’un concert ininterrompu de klaxons, m’a fille s’endormit comme si de rien n’était, et je pus enfin savourer la victoire des bleus - en silence.

5. Alors qu’un groupe de supporters avinés réveille tout le quartier : il faudra penser à leur expliquer qu’ils n’ont rien gagné, ni coupe, ni médaille, ni prime, et qu’ils retourneront inexorablement et dès demain matin à leur morne et triste existence.

6. Quand vint les casseurs vers 1h30 du matin, je regrettais mes mauvaises pensées eu égard aux supporters susmentionnés.

dimanche 8 juillet 2018

l'autofictif - semaine 1/52

hommage à Éric Chevillard

1. Aurore vient de se réveiller. Mais est-ce le cas de Cacao, Fleur, Moumou et Biscotte, ses peluches préférées ? Dans le doute, je vais rester au lit encore un peu.

2. La cuisinière s’excusa, la compote à base de cerises fraîches, de myrtilles fraîches et d’abricots frais, comportait aussi quelques framboises, mais surgelées. Je la rassurais aussitôt, les framboises étant doublement fraîches.

3. Le thermomètre de bain en forme de poisson se croyait à l’abri des zones de pêche ; c’était sans compter la dentition naissante de ma fille.

vendredi 13 avril 2018

petite vie d'une grande femme (épisode 12)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Frida Kahlo 1907-1954
Le 06 juillet 1907 (ou bien le 07 juillet 1910), Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderón naît dans la maison bleue de Coyoacán. Elle est confiée à une nourrice indienne qui sent la galette de maïs et le savon. Elle interprète les balbutiements de sa petite sœur et les traduits à ses parents. Demandant un petit avion, ses parents lui offre un déguisement d’ange. Elle s’invente une amie imaginaire à qui elle raconte tous ses tourments. Pour atténuer ses douleurs elle prend des bains d’eau de noyer. Un matin elle vole subrepticement le panier contenant le déjeuner de Diego Rivera. Pour soixante-cinq pesos par mois, elle travaille dans une menuiserie. Le 17 septembre 1925 après-midi, Frida Kahlo perd sa petite ombrelle. Le 5 décembre de la même année, elle déclare : La seule chose bien qui m’arrive, c’est que je commence à m’habituer à souffrir. Pour elle, ses sœurs et ses parents, elle allume des cierges dans la cathédrale Métropolitaine de Mexico. Tout en s’habillant, elle songe à entreprendre de lire Proust. Pour ses vingt ans, son père lui offre une édition en allemand et en caractère gothique du Torquato Tasso de Goethe. Lorsque son père lui dis d’arrêter de pleurer, elle lui répond : Que veux-tu que je fasse d’autre ? Habillée d’un costume d’homme, elle arbore un œillet rose à la boutonnière. Pour son mariage, elle porte une longue robe à motifs, un serre-tête, une étole et un collier ras du cou. À San Francisco, elle s’installe au 716 Montgomery Street. Lors d’une soirée, elle danse avec Henry Ford, qui complimente sa robe. Frida Kahlo touche son ventre et regarde un calendrier posé sur un meuble. À l’hôpital, Diego lui apporte un livre de médecine pour qu’elle puisse étudier les planches anatomiques. Le 3 septembre 1932, elle reçoit un télégramme en provenance de Mexico. Au Carnegie Hall, elle fait des cocottes en papier en écoutant un concert de Tchaïkovski. En compagnie de Léon Trotski et d’André Breton, elle visite les pyramides et les temples de Teotihuacán, puis va au cinéma dans une salle presque vide. Pour elle, Diego, son père, Nick, Trotski, Cristina et ses enfants, elle allume des cierges à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Bien qu’hospitalisée pour une colibacillose rénal et une forte fièvre, elle se réjouit de fréquenter l’hôpital américain de Neuilly parce qu’on y parle anglais. Picasso lui offre une belle paire de boucles d’oreilles. Dans sa maison se côtoient singes, tourterelles, perroquets, perruches, chiens et un petit faon nommé Granizo. Une trentaine de policiers débarquent chez elle et procèdent à une longue fouille : Frida Kahlo sera interpellée et gardée à vue. Au café Figaro dans Greenwich Village, elle commande un cappuccino crémeux ; puis un second. Le 8 décembre 1940 elle se marie une seconde fois avec Diego : Parce qu’ensemble on chante tout le temps ! se justifie-t-elle. Dans son journal elle écrit : J’espère que la sortie sera joyeuse et j’espère ne jamais revenir. Le 13 juillet 1954, Frida Kahlo décède dans son lit d’une embolie pulmonaire.

mercredi 14 mars 2018

petite vie d'un grand homme (épisode 11)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Steve Jobs 1955-2011
Le 24 février 1955, Steve Jobs naît. Il aide son père à monter la barrière du jardin. Il installe dans la maison familiale des microphones pour espionner ses parents depuis un placard. À quinze ans il a sa première voiture, une Nash Metropolitan restauré par son père : À l’époque c’était la voiture la plus ringarde qui soit ! L’année suivante il s’achète une Fiat 850 rouge équipé d’un moteur Abarth. Steve arpente les rues de San Jose et Berkelay à la recherche d’enregistrements pirates de Bob Dylan : À la fin, j’avais plus de cent heures de chansons. Un type lui plaque un pistolet contre son estomac, avant de lui laisser son numéro de téléphone. Pour trois dollars de l’heure, il se déguise en lapin blanc : J’étouffais, je crevais de chaud ; je n’en pouvais plus, à la fin j’avais envie de frapper les gosses ! Steve fréquente un centre zen pour bénéficier de repas végétariens gratuits. À la faculté il sèche les cours obligatoires et prend des cours de danse pour rencontrer de jolies filles. Persuadé que son régime ultra-végétarien constitué exclusivement de fruits et légumes évite la production d’odeur corporelle, il cesse de prendre des douches. En Inde il boit de l’eau non filtré et attrape la turista : J’étais malade comme un chien, avec une fièvre carabinée. J’ai perdu vingt kilos en une semaine. Il vend son combi Volkswagen pour mille cinq cents dollars. Pour soulager son stress il trempe ses pieds dans la cuvette des toilettes. Il achète une vieille motocyclette datant de 1966, une BMW R60/2. Dans le réfrigérateur de l’entreprise, Steve fait remplacer les sodas par du jus bio d’oranges et de carottes de la marque Odwalla. À l’hôtel Carlyle de New York, il se plaint de la variété de fraises et de la qualité des fleurs. Pour réduire les coûts de production, il fait supprimer les jus de fruits Odwalla des réfrigérateurs de l’entreprise. Avec sa compagne, ils assistent à un concert de Joan Baez. Le dimanche 26 mai 1985, Steve marche pendant des heures au milieu des collines, des près et des chevaux qui galopent. En Italie, il parcourt la Toscane en vélo. Printemps 1986, il boit une bière et joue aux fléchettes dans un pub où lord Byron avait ses habitudes. Reprochant ses goûts vestimentaires, Steve fait livrer à sa soeur des vêtements de la boutique d’Issey Miyake. À l’Okura Hotel de Tokyo, il commande un grand plateau de sushis à l’anguille, convaincu que cela ne va pas à l’encontre de son régime végétalien. Steve fait installer un four à pizzas dans sa cuisine. Après deux semaines de réflexions intenses et de débats animés, il finit par acheter un lave-linge et un sèche-linge Mièle : Leurs produits sont remarquables avouera-t-il plus tard. Il visite une usine de Dragibus. N’aimant pas l’acier inoxydable des boutons de son Gulfstream V, il les fait remplacer par des modèles en métal brossé. Dans son jardin il fait planter un carré de tournesols. Pour soigner son cancer il s’impose un régime à base de carottes crues et de jus de fruits frais. En 2010 il envoie à Bono du miel de son jardin. Le 5 octobre 2011, Steve Jobs meurt.

dimanche 7 janvier 2018

petite vie d'une grande femme (épisode 10)

Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Sœur Emmanuelle 1908-2008
Le 16 novembre 1908, à Bruxelles, Madeleine Cinquin naît. Un dimanche de septembre 1914, sur les côtes de Flandre, elle assiste à la noyade de son père : Je pleurais à chaudes larmes car je comprenais que quelque chose de terrible était arrivé. Envoyée en pension, elle est renvoyée quelques jours plus tard. Pour une cuillère d’huile de foie de morue refusée, elle est privée d’aller voir Le tour du monde en quatre-vingts jours au théâtre du Châtelet. À l’âge de seize ans elle a une “petite amourette” avec son professeur de Grec : J’étais naïve à l’époque. En 1929 elle s’installe à Londres pour apprendre l’anglais, mais se trompant de valise, elle arrive au couvent des Sœurs du Purgatoire sans ses affaires. Le dimanche c’est grasse matinée, elle se lève à 5h30. Le 10 mai 1931, elle prend le nom d’Emmanuelle : “Dieu avec nous”. L’été elle fait des excursions dans une magnifique propriété au bord du Bosphore, à une vingtaine de kilomètres d’Istanbul. Atteinte de typhoïde, elle est admise à l’hôpital français tenu par les Sœurs de la Charité : Je me voyais mourir en martyre et voilà que j’agonisais à cause d’une vulgaire maladie. Viendra ensuite une scarlatine aiguë, puis plus tard une bronchopneumonie. Un homme l’attire et lui plaît : Je me suis vue vivant avec lui, heureuse confie-t-elle. À Tunis, Sœur Emmanuelle suffoque et passe les plus sombres années de sa vie : Je suis arrivée à la mauvaise saison. Été 1965 : Sœur Emmanuelle met fin à sa carrière de professeur de lettres. Elle s’initie au yoga et fait ses exercices tous les matins, jusqu’au jour où son carnet d’initiation est emporté par la mer. On lui propose de quitter sa congrégation, elle refuse : Je ne suis pas Mère Teresa. Une dizaine de rats chahutent autour de son lit et la caresse avec leurs moustaches, elle croit alors que ce sont des chats. Son voisin lui vole son réveil. Sous couvert de cours de couture, elle enseigne en cachette la lecture et l’écriture. Lors de la fête d’Adra Maryam, Sœur Emmanuelle se fait tatouer une croix copte à l’intérieur du poignet. À Genève, elle menace de faire un hold-up afin de trouver trente mille dollars. Été 1983, avec Sœur Kathleen elle fait la course pour plonger dans la mer. Elle avoue ne pas savoir cuisiner, à l’exception de son “bouillon” constituée d’eau, de pain, d’huile et de sel : En cuisine je suis nulle admet-elle. Alors qu’elle est surclassée en première lors d’un vol Le Caire - Khartoum, elle ramasse tous les sacs cadeaux contenant brosse à dents, savons et peignes. Le 24 avril 1988, à l’âge de quatre-vingts ans, elle arbitre un match de football. Mai 1991, elle reçoit des mains de la première dame, son passeport égyptien. La première fois qu’elle prend le métro à son retour en France, elle est épouvantée : J’avais l’impression que les gens allaient tous à un enterrement. Ils faisaient de ces têtes ! À Callian, où elle est contrainte de prendre sa retraite, elle collectionne les timbres étrangers qu’elle donne ensuite à Sœur Myriane. Le 20 octobre 2008, Sœur Emmanuelle décède dans son sommeil au cœur d’une nuit d’automne.