Sur une idée originale de Lætitia Bianchi.
Sœur Emmanuelle 1908-2008
Le 16 novembre 1908, à Bruxelles, Madeleine Cinquin naît. Un dimanche de septembre 1914, sur les côtes de Flandre, elle assiste à la noyade de son père : Je pleurais à chaudes larmes car je comprenais que quelque chose de terrible était arrivé. Envoyée en pension, elle est renvoyée quelques jours plus tard. Pour une cuillère d’huile de foie de morue refusée, elle est privée d’aller voir Le tour du monde en quatre-vingts jours au théâtre du Châtelet. À l’âge de seize ans elle a une “petite amourette” avec son professeur de Grec : J’étais naïve à l’époque. En 1929 elle s’installe à Londres pour apprendre l’anglais, mais se trompant de valise, elle arrive au couvent des Sœurs du Purgatoire sans ses affaires. Le dimanche c’est grasse matinée, elle se lève à 5h30. Le 10 mai 1931, elle prend le nom d’Emmanuelle : “Dieu avec nous”. L’été elle fait des excursions dans une magnifique propriété au bord du Bosphore, à une vingtaine de kilomètres d’Istanbul. Atteinte de typhoïde, elle est admise à l’hôpital français tenu par les Sœurs de la Charité : Je me voyais mourir en martyre et voilà que j’agonisais à cause d’une vulgaire maladie. Viendra ensuite une scarlatine aiguë, puis plus tard une bronchopneumonie. Un homme l’attire et lui plaît : Je me suis vue vivant avec lui, heureuse confie-t-elle. À Tunis, Sœur Emmanuelle suffoque et passe les plus sombres années de sa vie : Je suis arrivée à la mauvaise saison. Été 1965 : Sœur Emmanuelle met fin à sa carrière de professeur de lettres. Elle s’initie au yoga et fait ses exercices tous les matins, jusqu’au jour où son carnet d’initiation est emporté par la mer. On lui propose de quitter sa congrégation, elle refuse : Je ne suis pas Mère Teresa. Une dizaine de rats chahutent autour de son lit et la caresse avec leurs moustaches, elle croit alors que ce sont des chats. Son voisin lui vole son réveil. Sous couvert de cours de couture, elle enseigne en cachette la lecture et l’écriture. Lors de la fête d’Adra Maryam, Sœur Emmanuelle se fait tatouer une croix copte à l’intérieur du poignet. À Genève, elle menace de faire un hold-up afin de trouver trente mille dollars. Été 1983, avec Sœur Kathleen elle fait la course pour plonger dans la mer. Elle avoue ne pas savoir cuisiner, à l’exception de son “bouillon” constituée d’eau, de pain, d’huile et de sel : En cuisine je suis nulle admet-elle. Alors qu’elle est surclassée en première lors d’un vol Le Caire - Khartoum, elle ramasse tous les sacs cadeaux contenant brosse à dents, savons et peignes. Le 24 avril 1988, à l’âge de quatre-vingts ans, elle arbitre un match de football. Mai 1991, elle reçoit des mains de la première dame, son passeport égyptien. La première fois qu’elle prend le métro à son retour en France, elle est épouvantée : J’avais l’impression que les gens allaient tous à un enterrement. Ils faisaient de ces têtes ! À Callian, où elle est contrainte de prendre sa retraite, elle collectionne les timbres étrangers qu’elle donne ensuite à Sœur Myriane. Le 20 octobre 2008, Sœur Emmanuelle décède dans son sommeil au cœur d’une nuit d’automne.
Le 16 novembre 1908, à Bruxelles, Madeleine Cinquin naît. Un dimanche de septembre 1914, sur les côtes de Flandre, elle assiste à la noyade de son père : Je pleurais à chaudes larmes car je comprenais que quelque chose de terrible était arrivé. Envoyée en pension, elle est renvoyée quelques jours plus tard. Pour une cuillère d’huile de foie de morue refusée, elle est privée d’aller voir Le tour du monde en quatre-vingts jours au théâtre du Châtelet. À l’âge de seize ans elle a une “petite amourette” avec son professeur de Grec : J’étais naïve à l’époque. En 1929 elle s’installe à Londres pour apprendre l’anglais, mais se trompant de valise, elle arrive au couvent des Sœurs du Purgatoire sans ses affaires. Le dimanche c’est grasse matinée, elle se lève à 5h30. Le 10 mai 1931, elle prend le nom d’Emmanuelle : “Dieu avec nous”. L’été elle fait des excursions dans une magnifique propriété au bord du Bosphore, à une vingtaine de kilomètres d’Istanbul. Atteinte de typhoïde, elle est admise à l’hôpital français tenu par les Sœurs de la Charité : Je me voyais mourir en martyre et voilà que j’agonisais à cause d’une vulgaire maladie. Viendra ensuite une scarlatine aiguë, puis plus tard une bronchopneumonie. Un homme l’attire et lui plaît : Je me suis vue vivant avec lui, heureuse confie-t-elle. À Tunis, Sœur Emmanuelle suffoque et passe les plus sombres années de sa vie : Je suis arrivée à la mauvaise saison. Été 1965 : Sœur Emmanuelle met fin à sa carrière de professeur de lettres. Elle s’initie au yoga et fait ses exercices tous les matins, jusqu’au jour où son carnet d’initiation est emporté par la mer. On lui propose de quitter sa congrégation, elle refuse : Je ne suis pas Mère Teresa. Une dizaine de rats chahutent autour de son lit et la caresse avec leurs moustaches, elle croit alors que ce sont des chats. Son voisin lui vole son réveil. Sous couvert de cours de couture, elle enseigne en cachette la lecture et l’écriture. Lors de la fête d’Adra Maryam, Sœur Emmanuelle se fait tatouer une croix copte à l’intérieur du poignet. À Genève, elle menace de faire un hold-up afin de trouver trente mille dollars. Été 1983, avec Sœur Kathleen elle fait la course pour plonger dans la mer. Elle avoue ne pas savoir cuisiner, à l’exception de son “bouillon” constituée d’eau, de pain, d’huile et de sel : En cuisine je suis nulle admet-elle. Alors qu’elle est surclassée en première lors d’un vol Le Caire - Khartoum, elle ramasse tous les sacs cadeaux contenant brosse à dents, savons et peignes. Le 24 avril 1988, à l’âge de quatre-vingts ans, elle arbitre un match de football. Mai 1991, elle reçoit des mains de la première dame, son passeport égyptien. La première fois qu’elle prend le métro à son retour en France, elle est épouvantée : J’avais l’impression que les gens allaient tous à un enterrement. Ils faisaient de ces têtes ! À Callian, où elle est contrainte de prendre sa retraite, elle collectionne les timbres étrangers qu’elle donne ensuite à Sœur Myriane. Le 20 octobre 2008, Sœur Emmanuelle décède dans son sommeil au cœur d’une nuit d’automne.
